Respect Mag 100% Noir

Afrique

Écrit par Marc Cheb Sun Mercredi, 21 Décembre 2011 01:39

 

 

 

Jamais un Respect mag ne fut si compliqué à réaliser… Des comités de rédaction à l'écriture des premiers articles, la difficulté à cerner cette problématique, cette dynamique aussi, fut redoutable. Du scepticisme de certains (« Les Noirs sont-ils un thème ? ») aux sempiternelles suspicions de communautarisme, il a d’abord fallu comprendre (pour l'expliquer ensuite) en quoi la « France noire » – sa mémoire, ses errances, sa créativité, ses perspectives – nous permet de cerner toute la France. En entrant par une porte, certes spécifique, mais au coeur des grandes mutations de notre histoire commune.

L’esclavagisme, la colonisation – et leurs héritages –, la racialisation des modes de pensée, les migrations, la construction d’identités métisses, multiples, les questions territoriales et ultramarines…

Tout cela ne renvoie pas à une histoire « minoritaire » mais dessine, au contraire, le visage de nos acquis, celui de nos blocages, de notre potentiel. L’ignorance, les « trous de mémoire », les absences d’identification à une histoire collective, les mythologies bricolées pour combler ces manques, font, quant à eux, le lit des replis communautaires.

Au final, la difficulté de la tâche nous a permis de mesurer l’urgence à s’en saisir, car l’impensé de cette question ne saurait se perpétuer davantage. En allant au fond d’une spécificité, bien loin de nous diviser, ce Respect mag 100 % Noirs de France ouvre la porte d’un « faire ensemble ».

Marc Cheb Sun, Directeur de la rédaction

 

 

La France Noire

Afrique

Écrit par Sabine Cessou Mardi, 29 Novembre 2011 08:26

La France noire, un beau livre paru le 3 novembre (La Découverte), propose un «retour sur trois siècles de présences», un mot écrit au pluriel, et ce n’est pas un hasard. C’est que l’adjectif «noir» recouvre des histoires bien différentes, africaines, caribéennes et océaniques, qui vont de l’esclavage au rappeur MC Solaar, en passant par les tirailleurs sénégalais et le footballeur Lilian Thuram. Au fil des pages, illustrées de nombreuses photographies, de documents d’archives et de citations mises en exergue, se dessine une France paradoxale. Un pays où «négrophobie et négrophilie» se sont entremêlées au cours des époques, comme le souligne l’auteur de cette somme, l’historien français Pascal Blanchard.

Le travail minutieux de Pascal Blanchard

Fondateur en 1993 du collectif de chercheurs Achac (Colonisation, immigration, post-colonialisme), Pascal Blanchard livre un travail minutieux sur «une présence diasporique en métropole», réalisé au long cours, sur plusieurs années, en collaboration avec une équipe de haute volée. Parmi ses contributeurs figurent le philosophe camerounais Achille Mbembe, l’historien d’origine congolaise Elikia M’Bokolo, le spécialiste camerounais de littérature antillaise Romuald Fonkoa, la politologue française Françoise Vergès ou encore les historiens Eric Deroo et Catherine Coquery-Vidrovitch.

Le livre sera appuyé par une exposition itinérante, mais aussi par un documentaire en trois volets,Noirs de France, co-écrit par Pascal Blanchard et Juan Gélas et diffusé en janvier sur France 5. L’ensemble de ce travail se présente comme un long rappel des faits, qui casse les stéréotypes. Qui se souvient, aujourd’hui, qu’un Noir (l’Antillais Henri Lémery) fut ministre des Colonies dans le gouvernement de Vichy? Ou que la France fut le premier pays occidental à avoir un député noir, Blaise Diagne, en 1914? Et le premier, encore, à décerner un prix Goncourt à un écrivain noir, le Guyanais René Maran, en 1921?

«La négritude n’est pas née à Dakar ou à Pointe-à-Pitre, elle est née à Paris», rappelle Pascal Blanchard, qui a pris soin d’intégrer dans son travail la relation spéciale des artistes Africains-Américains avec la France, perçue comme un havre de liberté dans les années 1940 et 1950, loin de la ségrégation aux Etats-Unis.

Une histoire française à part entière

La France noire a été conçue pour se feuilletter comme un «album de famille d’une histoire française à part entière», pas seulement destiné aux différentes communautés noires de France (entre 3 et 5 millions de personnes, soit 5% à 8% de la population selon les estimations). L’ouvrage vient combler une immense lacune, même si une littérature abondante existe déjà sur le sujet: un millier de titres sont cités dans la bibliographie dressée par La France noire. Mais très peu ont touché un grand public, comme les essais pourtant majeurs de deux historiens métis,François Durpaire (France blanche, colère noire, Odile Jacob, 2006) et Pap Ndiaye (La condition noire, Calmann-Lévy, 2008), tous deux contributeurs de La France noire.

Fait symptomatique, dans les librairies de Paris, l’évènement fait plutôt ressurgir des classiques qui datent et ne traitent pas toujours directement de l’Hexagone: J’irai cracher sur vos tombes (1946) de Boris Vian, Peau noire, masques blancs de Frantz Fanon (1952), ou Dans la peau d’un Noir (1961), de John Howard Griffin.

«Cette histoire des Noirs de France dérange, car on a pensé qu’il fallait vivre cachés pour vivre égaux au sein de la République, et trouver en fin de compte cette égalité parfaite», explique Pascal Blanchard.

Un homme divertit les autres en dansant sur des patins à roulettes, Bordeaux. Photographie de l’armée américaine, 1918 © NARA

Un homme divertit les autres en dansant sur des patins à roulettes. Photographie de l’armée américaine, Bordeaux, 1918. © NARA

Ici, pas de discours de victimisation, de manichéisme ou d’empathie, mais plutôt une analyse de toutes ces postures. Car aux yeux de l’auteur, les Noirs de France sont aussi responsables des tabous et des préjugés qui prévalent dans ce pays, faute de s’être assez penchés sur leur propre histoire.

«Ils se sont fabriqués une soi-disant histoire qui n’est en fait que de la mémoire et qui ne repose pas sur des faits, a déclaré Pascal Blanchard sur les ondes de RFI. Dans les mythologies même, on trouve des histoires totalement tronquées».

Le trimestriel Respect Mag, qui traite de l’actualité des minorités en France, a saisi l’occasion de la sortie du livre pour consacrer son dernier numéro aux «100% Noirs de France». Paru début octobre à 40.000 exemplaires, ce numéro a déjà été retiré à 4.000 exemplaires et été mis en vente sur Internet, pour faire face à la demande. La rédaction de Respect, diverse, s’est attirée des flots de courriels positifs, mais aussi une critique de l’hebdomadaire Marianne qui a trouvé l’approche «communautariste», s’attirant un feu nourri de ripostes. Le rédacteur en chef de Respect Mag, Marc Cheb Sun, s’en est défendu. Il revient pour Slate Afrique sur la polémique.

«C’est une réaction poussiéreuse. Je trouve dommage, quand on s’appelle Marianne, de ne pas voir pourquoi la République et sa devise (liberté égalité fraternité) ne parlent plus à la jeunesse d’aujourd’hui

Un temps de retard?

Mais le plus important n’est sans doute pas là. Pourquoi La France noire n’émerge-t-elle qu’en 2011, six ans après les émeutes de 2005, douze ans après la France «Black blanc beur» de la coupe du monde de football de 1998, et plus de vingt ans après Black Mic Mac (1986), la première comédie sur les Africains de France? Réponse de Marc Cheb Sun:

«Ce travail aurait dû être fait avant, mais il ne pouvait pas l’être. En France, le tabou est plus profond qu’aux Etats-Unis, où la ségrégation s’est faite sur le sol national, avec un impact connu et visible au quotidien, et non dans de lointains territoires. Le tabou est plus profond aussi qu’en Grande-Bretagne, où la colonisation en Afrique a été très différente de celle de la France, de nature économique et non civilisationnelle».

Dans la longue introduction de La France noire, on trouve aussi ces éléments de réponse:

«Est-ce un hasard si, entre la candidature aux élections présidentielles de 2002 de Christiane Taubira et la campagne de 2012, l’enjeu des 'migrations noires' est devenu un paradigme de la vie politique française? Est-ce un hasard si le CRAN [Conseil représentatif des associations noires], les collectifs et mouvements divers ont pris une telle place dans la société française? Est-ce un hasard si la personnalité préférée des Français est un métis franco-camerounais? Est-ce un hasard si ce livre peut enfin être publié aujourd’hui, s’appuyant sur un imposant travail historiographique (…) constitutif d’un changement total de perception faisant enfin entrer ce passé dans l’Histoire

Est-ce un hasard, pourrait-on rajouter, si ce livre paraît au moment des succès de deux films, Polisse et Intouchables, qui ont pour point commun de voir des acteurs noirs et français, Joey Starr et Omar Sy, jouer des personnages libérés des habituels stéréotypes?

Dans la France des «Blacks» et des «Renois», on va peut-être, grâce au travail abattu par Pascal Blanchard, commencer à appeler les Noirs des… Noirs. Un premier jalon, peut-on espérer, vers un regard décomplexé de toute une société sur une part importante de sa réalité.

Sabine Cessou


 

Jeff Joseph

Caraïbes

Écrit par Mise en page Harry Lundi, 28 Novembre 2011 09:12


Il avait fait de la musique sa vie, le chanteur d'origine dominicaine Jeff Joseph est mort hier mercredi 23 novembre dans l'après-midi. C'est en Martinique, qu'il s'est éteint au CHU de Fort-de-France, à l'âge de 58 ans des suites d'un accident vasculaire cérébral.

Le musicien bon vivant était très reconnu par la communauté antillaise de métropole, ainsi qu'évidemment par l'ensemble du bassin caribéen, lui qui a mélangé le calypso, le funk, le reggae durant ses quarante ans de carrière.

Créole emblématique, Jeff Joseph a d'abord fondé le groupe dominicain Grammacks avant de créer le groupe guadeloupéen Volt Face, avec ses amis de toujours, Katryn Thélamon, Dominique Panol ou encore Dominique Coco.

Un grand monsieur qui s'en va, laissant la musique orpheline de son talent
Il est né à la Dominique, dans un village du nom de Saint-Joseph. Et du plus loin qu’il s’en souvienne il a toujours aimé bouger, danser et surtout chanter. Sa maman Sylma se souvient : « Jeff est l’ainé de mes cinq enfants. Je l’ai toujours entendu chantonner, toujours, quelque soit son humeur du moment. Il reprenait des chansons que diffusait la radio ou en inventait quelques-unes ».

La musique ? Jeff dit qu’elle l’habite depuis l’enfance. C’est sa manière de dire ses émotions, et de les partager. Une façon aussi d’enjoliver la vie, la sienne comme celle des autres… C’est ainsi qu’à l’âge de douze ans, il commence ses premières prestations publiques en s’inscrivant dans une compétition de carnaval qu’il remportera l’année suivante, avec une bande d’amis qui l’accompagnait au steel-band.

Une étoile du calypso est née, mais maman Sylma veille et tient à ce que les études soient menées à terme avant toute escapade musicale. C’est chose faite en 1972 ou avec quelques potes musiciens de son école Grammacks School et ceux de l’Academy School. Jeff fonde le groupe « Grammacks » qui sillonne la Dominique de bout en bout, de bals populaires en fêtes communes. Comme ses illustres ainés en variétés, les Ophélia et Gordon Henderson, Jeff fera mentir le proverbe qui dit qu’on n’est jamais maître chez soi.

La Dominique ne rate aucun de ses rendez-vous, pour danser et chalouper à satiété. Mais l’envie de voir d’autres horizons, d’autres publics, de se confronter à d’autres cultures, de s’ouvrir d’autres marchés pousse le groupe à se rendre dans l’ile voisine, la Guadeloupe. La rencontre en studio avec Henri Debs sera déterminante et bénéfique pour les Grammacks. Dès leur première collaboration, ils signent ensemble « Soucougnan », un titre qui devient très vite un tube rythmé par un calypso torride sur un texte qui image une vieille superstition locale… Jeff Joseph devient, avec un sillon, le roi du KGV, soit dit Kalypso à Grande Vitesse.

S’enchaînent une cascade de succès, de hits, des prestations aux quatre coins de la Caraïbe et de le France, avec un morceau mémorable comme « pa dansé an ba koko sek ». Puis, au sein de 3A, l’écurie de Jacky Nayaradou (en Martinique), Jeff compose ce qui deviendra ses titres-phares. Il impose sa griffe, celle s’un style harmonique qui n’appartient qu’à lui, un son « Karibean Rock » hyper remuant, avec un groove saturé. C’est une alliance de cadence et de calypso, la cadence lypso qui lui permettra de séduire et de conquérir les publics les plus hétéroclites.

Parmi ses compositions qui n’ont pas pris une ride mélodique citons : Misik dou it, Mi déba, Ou pas bon, Côchema, Pawol en bouch…

Dès les premières notes, ses cousins des Antilles, de la Caraïbe, des USA (New-York et Miami), de Hollande, de France (avec un tour de France en première partie d’Annie Cordy et des concerts sous l’égide de France Inter) succombent sous la fièvre de ses tempos. Son répertoire s’enrichit de bouyon, de reggae, de merengue, de soca entres autres.

Sur scène, ce qui fascine, c’est la prodigieuse énergie de Jeff, leader charismatique, interprète fougueux. Tout au long d’un concert, Jeff reste en contact permanent avec son public qu’il électrise à sa guise. Il ne s’économise jamais, se donne sans compter, passant sans répit d’un bout à l’autre des plateaux avec un certain bonheur communicatif. Des trophées SACEM et autres distinctions honorables (dont la médaille de la Fête de l’Indépendance de la Dominique…) viendront couronner son talent...

Mais un jour de l’année 1985, fatigués de parcourir le monde, les musiciens décident de rentrer au bercail ou de s’installer aux Etats-Unis, et de fonder une famille. Pour Jeff, l’aventure musicale ne pouvant s’achever, c’est l’aventure en solo… A New York ou il réside, Jeff rencontre le groupe « Kool of the gang » avec lequel il sort en 1988, un sillon de deux sonorités « world music », « Banana sweet » et « One, two, three », dont le clip tourné en Angleterre est l’un des plus soignés réalisés par un artiste de la Caraibe.

Et puis, arrive "Volte-Face" avec Georges Decimus (bassiste et faiseur de tubes aux disques d’or pour Kassav), avec le lutin Dominique Panol avec la « zoukeuse-light » Katryn Thélamon et la voix ka-roots de Dominique Coco. Pendant cinq ans, Volte-Face, groupe éclectique et électrique parcourt le globe, semant aux quatre vents, sa rythmique caribéenne nourrie de zouk (chiré, lové…) de bouyon, de cadence-lypso, de funk, de gwo-ka.

Volte-face désormais éteint, il nous reste en souvenir, 5 albums et 1 album live qui relatent leurs prestations entre frissons, passions et émois.

La collaboration essentielle de Jeff Joseph au sein de « Volte-Face », notamment sur les plateaux, incite le public à lui réclamer un retour des Grammacks. Ils sont nombreux à vouloir se replonger dans un bain de nostalgie, dans un tourbillon de liesse, d’allégresse avec Jeff en meneur de jeu. En 1997, Jeff obtempère. Et avec de jeunes musiciens férus de son répertoire, il crée « Grammacks New Generation ».

La formation est l’invitée régulière du Festival Kreol de la Dominique et de temps à autre se rend au Festival de jazz de Sainte-Lucie et de Saint-Martin. Qu’en est-il aujourd’hui de Jeff Joseph et de sa cadence-lypso ? Deux albums avec « Grammacks New Generation » et un opus en solo fraîchement sorti témoignent de son éternelle vivacité...

Le chanteur a gardé sa verve, son sens du rythme, son allant, son punch et sa capacité phénoménale à soulever les foules. Pour Jeff Joseph, la musique est un plaisir, le public un ami fidèle avec lequel il aime à partager et échanger.

 

   

Bernie Mac

Afrique

Écrit par mise en page Harry Vendredi, 25 Novembre 2011 10:28

Bernie Mac, de son vrai nom Bernard Jeffrey McCullough, né le 5 octobre 1957 à Chicago et décédé le 9 août 2008 à Chicago aux États-Unis1, est un acteur et humoriste afro-américain, surtout connu pour son rôle de Frank Catton dans la trilogie à succès de Steven Soderbergh : Ocean's Eleven, Ocean's Twelve et Ocean's Thirteen.

Aprè une enfance passée à Chicago,

Bernard Jeffrey McCullough s'illustre au théâtre et à la télévision, optant très vite pour le nom de scène de Bernie Mac. En 1992, il fait ses premiers pas devant la caméra, dans la comédie Mo' Money. Un registre comique dans lequel il va alors se spécialiser, s'illustrant dans la série télévisée Moesha et dans de nombreuses productions mettant en vedette la communauté afro-américaine : Friday en 1995, Get on the Bus de Spike Lee en 1996, The Players Club d'Ice Cube en 1998.

En 1999, Bernie Mac passe à la vitesse supérieure en tenant l'un des principaux rôles de la comédie Perpète, dans laquelle il côtoie Eddie Murphy et Martin Lawrence. Il retrouve alors Spike Lee pour The Original Kings of Comedy et connaît le succès sur petit écran avec la série The Bernie Mac Show. Mais c'est en 2001 qu'il connaît la consécration en rejoignant la troupe de braqueurs d'Ocean's Eleven, aux côtés de George Clooney et de Brad Pitt.

La carrière de Bernie Mac sur grand écran est dès lors définitivement lancée. En 2003, il est le chef d'équipe des drôles de dames dans Charlie's Angels 2 : Les anges se déchaînent ! et fait de Chris Rock un Président par accident. En 2004, il enquête sur Billy Bob Thornton en Père Noël déjanté dans Bad Santa, sort de sa retraite pour jouer au baseball dans Mr. 3000, et regoûte à l'art du braquage cool dans Ocean's Twelve. L'année suivante, il s'illustre en père possessif prêt à tout pour garder sa fille chérie face au très tenace Ashton Kutcher dans Black/White (remake de Devine qui vient dîner ?).

Il animait depuis 2001 son propre show télévisé, The Bernie Mac Show.

Le film Madagascar 2 (2008), dans lequel il prête sa voix à Zuba, lui est dédié. Le film Soul Men (2008) dans lequel il joue aux côtés de Samuel L Jackson lui est dédié.

 

Festival Africolor

Afrique

Écrit par Harry Mardi, 22 Novembre 2011 20:51

 

Avant toute chose, un zeste d’enthousiasme en ces temps grincheux, pour crier sur les toits que la grâce est tombée sur africolor. Carrément. Et je pèse mes mots. Ne pouvant pas compter sur les journalistes pour le rapporter, eux qui n’ont plus l’espace pour l’écrire, leurs rédacteurs en chef trop préoccupés à conforter les succès établis, il me faut revenir sur deux des concerts du festival qui ont apporté la confirmation que des aventures musicales inouïes sont en train de se jouer à notre porte.

Cette petite news sera donc le haut-parleur de deux événements précurseurs. Le premier, c’est à Saint-Ouen qu’il eut lieu vendredi dernier avec le Surnatural Orchestra. Intense, riche, jubilatoire. Les quatre trompettes, six saxophones, trois trombones, deux flûtes, le soubasophone, l’orgue et les deux batteries ne lâchant jamais prise pendant près de deux heures, farouchement à l’écoute les uns des autres. Remarquablement sonorisés, éclairés dans une tombée de nuit africaine, confrontés aux masques surgis d’objets détournés de la banalité quotidienne et mis en espace par un trublion bondissant et une créature à la tête de brouette, c’était un moment de bonheur rare et innovant, au croisement des genres. Au panthéon des musiques actuelles, il faudra dorénavant nommer « surnatural » ce nouveau style (on est un peu coincé avec funk, soul, house, afro-beat, rumba, fanfare ou free jazz pour qualifier l’affaire)! Les journalistes spécialisés devraient s’en emparer en se frottant les mains, même si je crains fort qu’ils soient peut-être morts de faim avant d’avoir pu le défendre.

Samedi, c’est à Sevran que quatre blancs bec (un quartet composé de deux saxophones, d’une contrebasse et d’un batteur) et quatre percussionnistes derrière leur sabar (une percussion frappée d’une petite baguette de bois taillée dans la branche d’un arbre du voisinage) apportaient à leur tour la confirmation que le dialogue et la confrontation musicale entre l’Europe et l’Afrique sont radicalement sortis des banalités polies ou paternalistes d’usage. Avec Outhouse Ruhabi, entre Banjul et Londres, il ne s’agit plus d’expérimentation, mais bien d’une musique partagée qui par ses échappées embarque l’auditeur sur des chemins téméraires.

Après tant de ferveur, je vais me contenter de confirmer que de mercredi soir à dimanche prochain, ce ne sont pas moins de six «événements» qu’africolor propose. Foncez sur le programme, et surtout ne ratez pas LE concert qui va éclairer la semaine. Il peut se produire n’importe où, suffit d’être curieux et d’aller à sa rencontre.

En commençant dès mercredi par les chansons d’Alain Peters revisitées à la sauce Moriarty bastringue et le groove éthiopien survitaminé de uKanDanz, puis par le grand retour de Neba Solo et de ses balafons speedés, la rencontre d’Imidiwen aux confins du désert, les griots épiques, une Ethiopie dopée au lac de Genève, du gospel pimenté aux tourbillons du fleuve Niger, le blues serein de Boubacar Traoré ou la chorale du conservatoire de Villepinte venant appuyer les chants de Debademba. Un choix difficile ? Pas de problème, le prix des places tourne autour d’une dizaine d’euros à chaque fois : on peut se permettre le luxe d’aller vadrouiller partout pour le prix d’un seul concert à Bercy !

Philippe Conrath

   

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