Écrit par / mise en page Doumé Mercredi, 08 Septembre 2010 11:51

Obama et Prince en sont fous, nous aussi. Chanteuse et contrebassiste,
... Esperanza Spalding marie le jazz au classique, la soul ou la bossa avec groove et grâce. Une révélation.

Malgré son jeune âge, 25 ans, Esperanza Spalding connaît et respecte les conventions promotionnelles du jazz : devant l'objectif, elle pose souvent avec son instrument. Et là, joie et surprise.
D'abord (joie...), Esperanza Spalding est belle. Une taille mannequin, un style à la fois cool, sophistiqué et glamour, un visage rieur sous une énorme boule afro. Bref, une fine liane dont les longs bras enlacent (surprise !) une contrebasse, vénérable instrument plus haut, plus large et sans doute plus lourd que la musicienne elle-même.

A côté de sa contrebasse, main gauche sur le manche, elle ressemble à une petite fille qui se hisse sur ses pieds pour atteindre les notes les plus basses (qui sont en haut), pour atteindre ses rêves les plus fous (eux aussi en haut). Wonder (jazz) Woman dans les starting-blocks, en position décollage. Le couple contrebasse-Esperanza Spalding semble improbable, fantaisiste, aussi audacieux que, mettons, l'élection d'un homme de couleur à la présidence des Etats-Unis d'Amérique.
Depuis une paire d'années, Esperanza Spalding plane : elle a joué trois fois devant Obama, à la Maison Blanche et à Oslo, lors de la remise du prix Nobel de la paix au Président, sous le pitch officieux "un nouveau style de musique, pour un nouveau style de lauréat". En juin, elle a fait sensation lors d'une nouba télévisée, les BET Awards, un réseau télé dédié à la communauté noire, en l'honneur de Prince, qui l'adore et la courtise.
Esperanza Spalding - Overjoyed - @ The White Hall
Avant cette consécration, Esperanza a bossé : à 16 ans, elle vit déjà de la musique ; à 20 ans, elle est prof de contrebasse, benjamine des enseignants au Berklee College of Music de Boston, la plus prestigieuse des écoles de jazz américaines (et donc du monde). Cet établissement d'élite, Esperanza l'a d'abord fréquenté comme étudiante. Elle a postulé trois ans plus tôt sur les conseils de sa prof de basse et a obtenu une bourse. Des amis avaient organisé un concert de charité pour financer son voyage depuis Portland, où elle a grandi dans une famille monoparentale et plutôt dans la mouise. Toute petite, Esperanza jouait la version miniature de la contrebasse : du violon. Douée, précoce, hyperactive, elle joue du classique à l'oreille et compose. Elle dévore la musique.
Esperanza Spalding - Festival Jazz des Cinq Continents Marseille 2010
"Le violon n'était pas mon seul instrument, j'ai joué du hautbois, de la clarinette, du piano, de la guitare. Plus que les instruments, j'aimais les sons, je voulais les toucher, les manger, les comprendre. Adolescente, j'étais dans le monde de la musique classique, je ne connaissais rien au jazz. Mais le jour où j'ai touché une contrebasse, j'ai ressenti la vibration incroyable de cet instrument : on l'embrasse et le son nous enveloppe. Mon prof m'a montré une ligne de blues et comment improviser. J'ai trouvé là une absolue nouveauté pour moi : la création spontanée." Pour la suite : voie express vers les sommets, reconnaissance du milieu, premier album alors qu'elle est étudiante. Pour la résumer, on dirait : "Yes she can !" Ou son prénom, Esperanza, qui veut dire espoir.
Si on parle d'Esperanza Spalding, ce n'est pas seulement pour son édifiant parcours. C'est surtout pour "Chamber Music Society", son troisième album qui reflète son inspiration kaléidoscopique et son scandaleux talent. Elle est contrebassiste, mais Chamber Music Society n'est pas un album d'instrumentiste, plutôt celui d'une chanteuse à la voix claire qui volette et fuse dans les aigus. Des chansons entre brise et bourrasque qui dépassent le jazz pour initiés, évoquent parfois la soul classieuse de Roberta Flack, les romances de Broadway ou le Brésil polyphonique du Quarteto Em Cy - avec la liberté de tout mélanger.

"Pendant des années, j'ai étudié le classique. Puis avec la basse, je suis passée au jazz, au funk, aux musiques pop. Et j'ai compris que les deux étaient liés : orchestre de chambre ou combo de jazz, on partage avec l'auditeur une musique intime, comme une conversation. Pour cet album, j'ai voulu combiner ces univers dans lesquels je me sens à l'aise." Très à l'aise même, funambule qui danse sur les cordes d'un orchestre de chambre puis dévale celles de sa contrebasse avec un groove irrésistible. D'origine incontrôlée (afro-américaine, hispanique, asiatique et amérindienne), trilingue (anglais-portugais-espagnol) et multifonction (chanteusecontrebassiste-compositrice-productrice), Esperanza invente pour le jazz un avenir idéal, en forme de boule (afro) à facettes.
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Esperanza Spalding sera en concert le 8 novembre 2010 à Paris au Théâtre de l'Atelier.
