Écrit par Harry Mardi, 22 Novembre 2011 20:51
Avant toute chose, un zeste d’enthousiasme en ces temps grincheux, pour crier sur les toits que la grâce est tombée sur africolor. Carrément. Et je pèse mes mots. Ne pouvant pas compter sur les journalistes pour le rapporter, eux qui n’ont plus l’espace pour l’écrire, leurs rédacteurs en chef trop préoccupés à conforter les succès établis, il me faut revenir sur deux des concerts du festival qui ont apporté la confirmation que des aventures musicales inouïes sont en train de se jouer à notre porte. Cette petite news sera donc le haut-parleur de deux événements précurseurs. Le premier, c’est à Saint-Ouen qu’il eut lieu vendredi dernier avec le Surnatural Orchestra. Intense, riche, jubilatoire. Les quatre trompettes, six saxophones, trois trombones, deux flûtes, le soubasophone, l’orgue et les deux batteries ne lâchant jamais prise pendant près de deux heures, farouchement à l’écoute les uns des autres. Remarquablement sonorisés, éclairés dans une tombée de nuit africaine, confrontés aux masques surgis d’objets détournés de la banalité quotidienne et mis en espace par un trublion bondissant et une créature à la tête de brouette, c’était un moment de bonheur rare et innovant, au croisement des genres. Au panthéon des musiques actuelles, il faudra dorénavant nommer « surnatural » ce nouveau style (on est un peu coincé avec funk, soul, house, afro-beat, rumba, fanfare ou free jazz pour qualifier l’affaire)! Les journalistes spécialisés devraient s’en emparer en se frottant les mains, même si je crains fort qu’ils soient peut-être morts de faim avant d’avoir pu le défendre. Samedi, c’est à Sevran que quatre blancs bec (un quartet composé de deux saxophones, d’une contrebasse et d’un batteur) et quatre percussionnistes derrière leur sabar (une percussion frappée d’une petite baguette de bois taillée dans la branche d’un arbre du voisinage) apportaient à leur tour la confirmation que le dialogue et la confrontation musicale entre l’Europe et l’Afrique sont radicalement sortis des banalités polies ou paternalistes d’usage. Avec Outhouse Ruhabi, entre Banjul et Londres, il ne s’agit plus d’expérimentation, mais bien d’une musique partagée qui par ses échappées embarque l’auditeur sur des chemins téméraires. Après tant de ferveur, je vais me contenter de confirmer que de mercredi soir à dimanche prochain, ce ne sont pas moins de six «événements» qu’africolor propose. Foncez sur le programme, et surtout ne ratez pas LE concert qui va éclairer la semaine. Il peut se produire n’importe où, suffit d’être curieux et d’aller à sa rencontre. En commençant dès mercredi par les chansons d’Alain Peters revisitées à la sauce Moriarty bastringue et le groove éthiopien survitaminé de uKanDanz, puis par le grand retour de Neba Solo et de ses balafons speedés, la rencontre d’Imidiwen aux confins du désert, les griots épiques, une Ethiopie dopée au lac de Genève, du gospel pimenté aux tourbillons du fleuve Niger, le blues serein de Boubacar Traoré ou la chorale du conservatoire de Villepinte venant appuyer les chants de Debademba. Un choix difficile ? Pas de problème, le prix des places tourne autour d’une dizaine d’euros à chaque fois : on peut se permettre le luxe d’aller vadrouiller partout pour le prix d’un seul concert à Bercy ! Philippe Conrath